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Portrait d'un agriculteur en Polynésie
par Nicolas Vienne (Chine)
Cela fait près de 6 années que je m’efforce là où cela m’est possible, de travailler avec des produits qui ont une identité, une signification dans notre cuisine de tous les jours, une traçabilité, du goût et une histoire.
Nous travaillons chez Sofitel à Bora Bora avec un agriculteur passionné de son métier un «artiste» des vrais produits de notre terre. Cet homme c’est Laurent Masseront. Ancien restaurateur parisien, il est venu s’installer il y a quelques années sur la petite Ile de Tahaa (proche de Bora Bora) afin de consacrer son talent à la production de produits du terroir Polynésien. En légumes, il cultive principalement des tomates, des concombres, des patates douces, des taros. Pour les fruits, des agrumes, des papayes, des fruits de la passion. En suivant le rythme de la nature pour organiser la rotation de ses plantations et sur une densité plus faible que dans l’agriculture dite «conventionnelle».
C’est le seul agriculteur ayant la certification bio (sur le plan administratif, il doit respecter un cahier des charges européen). D’autres agriculteurs sont en processus de conversion et n’auront le label que dans plusieurs années (mais essayent de vendre leurs produits sous ce label !). En Polynésie, le contexte est particulier. Il n'y a toujours pas de normes (et donc pas de contrôles) concernant les LMR (Limites Maximales de Résidus) de pesticides dans les fruits et légumes.
Laurent Masseront m’a récemment parlé de ce contexte, des différences entre l’agriculture bio et «conventionnelle». Des réflexions que je tenais à partager et qui vont bien au delà de la culture en Polynésie !
(Témoignage de Laurent Masseront)
« Les sols en Polynésie sont souvent lessivés par les pluies abondantes. Mal utilisés, la plupart des engrais chimiques minéralisés (directement absorbables par la plante) se retrouvent très rapidement dans le lagon (ou dans l’eau du robinet) avant même d'avoir été absorbé par la plante. C'est en partie pour cela que l'on retrouve dans les rivières ou dans les lagons de nouvelles algues formées notamment par les nitrates. L'écosystème en est une fois de plus bouleversé; n’oublions pas que le début de la chaîne alimentaire des océans commence en partie avec la naissance des alevins du bord lagon.»
« Travailler le sol en agriculture biologique permet aux fruits et aux légumes de puiser, puis de transmettre une grande diversité d'oligo éléments et de vitamines dont le corps a besoin quotidiennement pour être en bonne santé. La plante puise sa nourriture dans la matière organique au fur et à mesure de ses besoins. La matière organique se décompose plus lentement, et agit aussi comme une éponge en régulant l'humidité. Il y a beaucoup moins de lessivage du sol.
Un insecticide mal employé va aussi tuer des prédateurs ou d'autres insectes utiles (abeilles, coccinelles...), certains désherbants vont détruire ces herbes que l'on dit «mauvaises» et qui pour certaines vont servir de refuge ou de nourriture à des insectes bien utiles et cela va en plus augmenter l'érosion. Sans pesticides chimiques, c'est une meilleure santé pour les travailleurs agricoles, et les consommateurs. C’est moins de dépenses pour la CPS, moins de cotisations, donc plus de pouvoir d'achat... L'agriculture biologique est aussi créatrice d'emplois (elle nécessite un peu plus de main d'œuvre à l'hectare). La plupart des pesticides chimiques sont issus ou nécessitent du pétrole pour leur fabrication, c'est donc prolonger les ressources pétrolifères. »
Enfin, par ces quelques lignes, j’aimerais que chacun d’entre nous puisse prendre conscience de l’importance de l’utilité de l’agriculture pour notre santé, dans notre assiette et pour notre planète. Nous devons sauvegarder notre héritage.
Mangez mieux, Mangez Bio.
Nicolas Vienne
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